Nael s’était levé tôt ce matin là, les premiers rayons de l’astre du jour se profilaient à peine à l’horizon et la nature ne s’éveillerait pas avant quelques heures. Il s’était rapidement habillé après avoir fait un brin de toilette, et était sorti avec pour seul équipement une sorte de lance dont chaque bout était constitué d’une fine lame affûtée. Bien sur, son médaillon trônait fièrement autour de son cou, c’était la seule chose qu’il ne quittait jamais. Il ne se souvenait guère qui le lui avait donné ni quand, à vrai dire il pensait toujours l’avoir eu aussi loin qu’il puisse se rappeler.
Alors qu’il traversait une petite clairière près de sa cabane, il aperçut trois petites créatures crasseuses et repoussantes en train de discuter sur un rocher. Il n’avait jamais vu de Nigans aussi loin de leur habitat naturel de l’autre côté de la forêt d’Arden. Tout cela ne présageait rien de bon et il en aurait la confirmation quelques instants plus tard. Il passa tranquillement près d’eux, faisant semblant de les ignorer et bien qu’ils aient baissé la voix pour ne pas être entendu, les sens aiguisés du jeune homme lui permirent de capter quelques mots : « Ambre, ce soir, trésor, palais ».
Le sourire malicieux qu’ils affichaient lui laissa penser que leur affaire était bien préparée et qu’ils ne rateraient pas ce qu’ils entreprenaient. Il continua donc son chemin, faisant comme s’il n’avait rien entendu, mais se promit d’aller voir ce qu’ils manigançaient lorsque le soleil ferait place a la lune.
« Ambre » pensa t’il , qu’est ce qui pouvaient bien intéresser des gnomes dans la grande cité.
Etrangement , rien que de prononcer le nom de la ville lui apportait une drôle de sensation, depuis toujours il avait voulu s’y rendre mais la Licorne le lui avait déconseillé , alors il était resté là , à la contempler de loin, comme nostalgique de quelque chose qu’il ne se rappelait pas avoir un jour connu. Lorsqu’il avait questionné la Licorne sur la raison de son refus de le laisser visiter Ambre, elle lui avait expliqué qu’il comprendrait plus tard, qu’il n’était pas encore temps. Alors il avait obéi, après tout, elle s’était toujours occupée de lui, elle l’avait recueilli un jour il y a très longtemps alors qu’il n’était qu’un enfant, elle lui avait prit la plupart des choses qu’il savait, elle avait été comme la mère qu’il n’avait jamais eu.
Ses parents, encore une question qui n’avait pas de réponse, enfin personne ne semblait vouloir la lui donner. Pourtant il sentait que la Licorne cachait quelque chose sans pour autant savoir quoi.
Au détour d’un chemin , il vit 2 voyageurs faisant face à une manticore, l’une des nombreuses créatures merveilleuses et dangereuses peuplant Arden. Nael les connaissait presque toutes pour avoir vécu dans cette forêt depuis longtemps et en avoir parcourut la totalité de nombreuses fois. Apparemment celle-ci souhaitait se faire un repas des 2 voyageurs effrayés. Habitué à ce genre de situation , le jeune homme s’empressa de porter assistance aux 2 commerçants d’Avalon. Il fit une roulade pour éviter un coup de griffe avant d’inciser le ventre du monstre avec sa lame. Il s’extirpa rapidement faisant un salto en arrière pour éviter le coup de gueule de la créature et alors qu’il donnait un nouveau coup de lame mais cette fois dans le cou , il fut projeté contre un arbre par la queue de la manticore. Il s’écrasa contre l’écorce qui craque légèrement avant de retomber lourdement sur le sol.
* Elle ne m’a pas raté* se dit il en se relevant difficilement, une main maintenant son dos endolori. La créature saignait aprèsent abondamment et préféra se retirer à travers les arbres, non sans pousser un dernier rugissement qui fit sursauter les 2 hommes.
Ils s’approchèrent de ce jeune homme qui venait de leur sauver la vie et le remercièrent chaleureusement, lui proposant de passer à leur boutique d’Avalon ou tout serait gratuit pour lui. Il les remercia et reprit sa route.
Il marcha une bonne heure avant d’arriver à destination, le bosquet de la Licorne. Il se dirigea vers le ruisseau d’eau claire à une dizaine de mètres sur sa droite et y plongea les mains afin de rafraîchir son visage. Il se laissa ensuite tomber dans l’herbe fraîche, observant les nuages défilés dans le ciel. Il laissa son esprit libre et celui-ci lui montra quelques scènes de son enfance, de son adolescence, tous ses évènements marquant ou non jusqu’à ce jour. Toute sa vie, il l’avait passé ici, parmi ceux qu’il considérait comme sa famille : les elfes, les hommes bêtes, les lycanthropes, les golems, les ratsins, les bonhzs et bien d’autres encore. Même s’ils n’avaient pas de lien réels entre eux, pour lui, ils faisaient partit d’un tout: Les habitants d’Arden. Qu’ils soient bons ou mauvais, il avait vécu avec eux, apprenant de chaque race le bon comme le mauvais ,c’est sûrement grâce à cette ouverture d’esprit qu’il a réussit à se faire accepter par tous. Ainsi, il n’avait jamais eu de réels problèmes, bien surs quelques combats régulièrement mais jamais de vrai problème. Il se sentait vraiment ici comme chez lui et c’est pourquoi la décision qu’il avait prise la veille le chagrinais tant.
Une larme glissa lentement le long de sa joue, il l’essuya rapidement, se disant qu’après tout, il avait apprit ici certainement plus qu’il n’en apprendrait jamais ailleurs et qu’il y’aurait toujours une place pour lui parmi les habitants de la forêt. Il ne fallait pas qu’il soit triste, il reviendrait, plus ou moins vite, ce n’était après tout qu’un simple voyage.
C’est sur cette décision qu’il fut tiré de ses pensées. Un faible bruissement à une centaine de mètre dans le bois avait attiré son attention. Etrangement, après avoir vécu avec les elfes quelques années, comme avec chaque race de la forêt, il s’était rendu compte que ses sens s’étaient affinés, bien sur pas aussi aiguisés que ceux d’un elfe mais tout de même et cela allait en s’accentuant.
Il pencha légèrement son visage vers le sud-ouest,vers Ambre, et là il la vit, la Licorne avançait majestueusement vers lui.
Beaucoup de gens auraient payé cher pour passer quelques instants en sa présence, certains attendaient d’ailleurs des heures entières cachés dans les buissons pour ne serait-ce qu’espérer l’apercevoir. Cela le faisait souvent rire,mais après tout c’est vrai qu’il était un privilégié, bien qu’il ne s’en rende pas réellement compte.
Elle se coucha dans l’herbe verte près de lui sans prononcer mot. Il reporta son attention vers le ciel, le soleil continuait sa course contre le temps et était a prèsent presque à son zénith. Il se passa un long moment sans que l’un ou l’autre ne se décide à parler. Ce fut finalement elle qui brisa ce calme olympien en murmurant ces quelques mots :
« tu as décidé de partir n’est ce pas ? ».
Un sourire se dessina sur les lèvres de Nael. Elle avait décidemment le don de deviner tout et n’importe quoi. Il se contenta d’un hochement de la tête pour signifier qu’elle avait vu juste, comme d’habitude.
« Je suppose que si tu es venu ici c’est que ta décision est prise et irrévocable ».
Une nouvelle fois il hocha positivement son visage. Un nouveau silence s’installa mais cette fois il était lourd, comme chargé d’émotions, de sentiments.
« Je sais ce que tu en penses mais j’estime qu’il est temps pour moi de prendre mon envol, de voyager, d’apprendre à mieux me connaître par moi-même… ».
Il sentit une main passer dans ses cheveux bruns.
« Je sais » dit-elle de sa voix claire.
« Alors tu es d’accord ? »
« As-tu réellement besoin de mon accord ? »
« Je…enfin…tu as toujours été comme une mère pour moi… »
« Tu as raison, tu es un homme maintenant, c’est juste que j’ai encore du mal à m’y faire, je me souviens encore quand tu étais petit. » le coupa-t-elle.
Il l’entoura de ses bras protecteurs et déposa un doux baiser sur son front. Une nouvelle larme perla au coin de ses yeux, suivit d’une autre. Il était temps et tous deux le savaient. Il restèrent encore quelques instants comme ça puis il desserra lentement son étreinte et se leva. Elle lui sourit et dans un dernier regard, tous les mots habituellement échangés dans ce genre de situation passèrent entre eux sans avoir à les prononcer.
Il se dirigea alors vers sa cabane, sans se retourner en se remémorant les paroles du Chef Orc Trall qui lui avait dit un jour
« Un guerrier, un vrai, ne se retourne pas lorsqu’il part. Ce serait montrer un signe de faiblesse et tes ennemis auraient tôt fait de t’éliminer, te pensant trop faible psychologiquement. »
Il parcourut donc le même chemin qu’à l’aller mais ne rencontra cette fois personne sur sa route. Il prit une bonne collation chez lui et fit son sac de voyage qu’il accrocha en bandoulière. Il enfila une cape de voyage, rabattit le capuchon afin de masquer son visage et monta sur un cheval qu’il avait attaché non loin la veille. Il jeta un dernier regard à ce qui avait été sa demeure pendant si longtemps et partit en direction de sa première étape : Ambre.